De la sueur et des larmes

Publié le par DIAGAST

"Fais de ta plainte un chant d'amour pour ne plus savoir que tu souffres" Proverbe touareg

 

 

 

 

 

La dernière étape est une formalité, disent en général les marathoniens des sables. Formalité ? Pas si sûr. Si l’étape du jour était vraiment très courte, 11km 700, elle comprenait la traversée de l’Erg Chebbi qui est meublée des plus hautes dunes du Maroc. Imaginez un tas de sable de la hauteur d’un immeuble de 6 étages. Suivi d’une succession de ses frères, le tout à franchir sous un soleil de plomb. Merzouga, c’est à peu près cela.  Les cuisses qui brûlent de ne plus pouvoir grimper, le souffle court, chaque pas d’ascension qui glisse vers le bas, l’impression que ce calvaire ne finira jamais. Tout cela avec l’envie de finir au plus vite, de se donner totalement sans désir d’économie puisque après, après cet ultime défi, c’est la banderole d’arrivée finale.

 

 

Si les frères Ahansal volent sur les crêtes instables, les marquant à peine de leurs empreintes éphémères, comme en état d’apesanteur, dès que les vingt premiers sont passés, c’est une succession de grimaces, de rictus d’effort et de cris de douleur. Terminer. Vite. Retrouver pour les dernières foulées une énergie puisée au fin fond de soi-même. Chaque coureur est à cette enseigne. Philippe est passé dans le groupe de tête, maudissant intérieurement ce sable qu’il n’a toujours pas apprivoisé malgré toute sa volonté.

 Ludovic donne tout, gardant comme chaque jour un sourire de bonheur. Un plaisir de môme de pouvoir dévaler les dunes à grandes enjambées, libre, le mors aux dents.

 Pour Yves, la joie est celle d’arriver enfin au bout de ce long chemin de croix durant lequel il a bien plus souvent marché que couru.

 Quand à Bruno, pour la première fois de la course, il semble peiner plus que nécessaire. Qu’importe. Le temps n’est plus à l’économie. Il sait qu’il a réussi son défi de coureur : enchaîner toute cette épreuve et arriver au bout.

 Sur la ligne d’arrivée, oublié la sueur, la douleur, les doutes. Place à l’émotion, aux larmes qui coulent sur certains visages empoussiérés, aux embrassades entre équipiers…

 Chacun fixe, comme incrédule, la médaille reçue des mains de Patrick Bauer, Directeur de course, après une accolade de remerciement.

 Quoi ? Ce rond argenté, frappé du logo de cette 22ème édition représenterait donc ces sept jours d’aventure, d’amitiés, de souffrance ?

 Sûrement pas. C’est juste un témoignage. Une preuve. Un souvenir.

 Plus profondément que dans le métal, cette semaine restera marquée au plus profond des âmes de chacun. Comme une trace indélébile qui marque la quête de l’essentiel.

 Celle que l’on découvre en entrant en Sahara.

 Chacun repart d’ici avec le regard tourné vers l’horizon d’un bleu profond, tranchant sur l’ocre clair des dunes. Avec une amorce de regret de quitter la plénitude qui règne dans cette immensité que personne n’a vaincu. Elle a juste tolérée, une fois encore le passage du Marathon des Sables.

 Une leçon d’humilité et de sérénité qui sera sans doute le sujet principal de discussion des coureurs de l’équipe TEAM Globules/Jogging International quand nous les aurons retrouvé, ce soir, à Ouarzazate, et que vous découvrirez demain sur le blog.

 

 

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Publié dans La course en direct

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